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Nature Based Education ou Education basée sur la Nature. Il y a quelques mois, j’ai eu la chance de faire la connaissance de Monica Wiedel-Lubinski. Monica est la directrice de l’Association de la région de l’est des Etats-Unis pour la promotion et la formation en Ecoles-Forêt et Ecoles en Nature (Easter Region Association of Forest and Nature Schools-ERAFANS).

A l’issue d’une discussion passionnante, Monica m’a proposé de rédiger un article sur les écoles-forêt en France. Vous le trouverez ici. Par ailleurs, je lui ai demandé s’il elle accepterait un court entretien pour pouvoir nous exposer son parcours et son métier au quotidien. Elle a accepté avec joie. Voici donc cette interview “spécial USA”, en langue originale (anglais) et la transcription que je vous en propose, traduite en français.

Et, mieux encore, figurez-vous que nous la recevrons ici en France, “en face à face” – si la situation sanitaire le permet – à l’automne prochain (Je vous tiendrai au courant de la date exacte!). Elle nous donnera une “Master Class” de formation au métier d’enseignant en “Nature Based Education”. Ce dernier terme, très courant outre Atlantique, désigne ce que l’on nomme en francophonie “La Pédagogie par la Nature”. Je conserve ici le terme “Nature Based Education” pour qu’il fasse sens dans le discours de Monica.

Téléchargez la traduction française du podcast (en PDF)

De stagiaire en centre aéré à directrice d’ERAFANS

Laura : commençons par le commencement ! Monica, pouvez-vous nous dire quelques mots au sujet de votre parcours, de la manière dont vous êtes arrivée dans le domaine de la « Nature-based Education » ?

L’expérience Nature Based

Monica : Bien sûr ! Il y a beaucoup à dire mais je vais faire court. Je suis arrivée aux fonctions que j’occupe actuellement de manière, disons, assez indirecte. Je suis née dans le Maryland, aux Etats-Unis, j’ai grandi dans la banlieue de Washington D.C. et puis ai déménagé dans un comté plus rural quand j’étais adolescente. J’ai ensuite fait mes études dans le domaine de l’éducation artistique à Towson University à Baltimore, ce qui me permettait d’enseigner cette matière en école primaire.

Or, quand j’étais étudiante, j’ai commencé à travailler dans une petit centre d’éducation à la nature. C’était dans une ferme, il y avait des hiboux, des serpents, des grenouilles, des tortues et le week-end j’avais en charge l’alimentation et le soin de ces animaux. Et je remarquai la joie des employés du centre : ils rayonnaient, simplement par le fait d’être dans la nature. J’ai voulu en savoir plus, donc j’y ai travaillé comme stagiaire durant leur camp d’été. Je savais déjà m’occuper des animaux, j’aimais déjà être avec les enfants (j’étudiais l’éducation artistique parce que je savais déjà que je voudrais être enseignante en primaire !)… Mais avec cette expérience dans la nature, j’ai pris conscience que j’avais, en fait, beaucoup manqué de nature durant ma propre enfance !

Je dois dire que, même si les maisons étaient collées les unes aux autres et qu’on pouvait passer de l’une à l’autre pour se retrouver avec les amis dans la cour, j’étais effectivement beaucoup dehors, j’ai fait du jardinage et du ramassage de fruits en verge. Mais je n’étais pas dans la forêt, pas près des rivières… je n’avais jamais eu d’expérience au sein d’une nature vraiment « sauvage ».

Nature Based Education

J’avais eu une expérience de la nature limitée. Et lorsque j’ai pris conscience des bienfaits d’être immergée dans la nature, à quel point je m’y sentais bien et à quel point c’était important pour le développement des enfants – ils se connectaient eux-mêmes à la nature – la nature m’est apparue comme magique en tant qu’enseignante ! Non seulement pour l’aspect éducatif mais aussi pour la joie et l’émerveillement qu’elle procure !

Lancer un programme Nature Based

Donc, en 1997, j’ai mis en place un programme pour les enfants de 3 à 5 ans où nous allions dehors, nous lisions des histoires sur la nature, nous rencontrions des animaux, nous nous promenions et nous jouions ! Et c’est tout. Et j’ai travaillé pendant quasiment 20 ans pour ce programme, jusqu’à 2016. Pendant tout ce temps, j’ai appris ce que c’était d’être avec des enfants dans la nature. Je suis devenue naturaliste parce que j’étais dehors tout le temps et que je me posais des questions sur l’environnement et que les enfants me posaient des questions. C’est comme ceci que j’ai appris ce que je sais. J’ai passé un Master en Education mais j’ai surtout appris en étant dehors.

Durant ce temps, j’ai fondé un programme d’association nationale pour l’éducation des jeunes enfants en nature qui a attiré beaucoup de monde : 85 personnes sont venues à notre première conférence. Des gens de partout sont tout de suite venus ! Ils voulaient en savoir plus sur l’éducation basée sur la nature (Nature Based Education). J’étais à l’époque assez novice dans l’éducation pré-scolaire et je voulais que d’autres personnes travaillent avec moi pour pouvoir apprendre d’eux. Donc, je suis partie de mon expérience de travail avec les enfants pour aller ensuite vers la formation d’enseignants. J’avais aussi besoin d’améliorer mes compétences dans le domaine de la formation et de l’accompagnement d’enseignants.

Donc en 2016 j’ai fait le choix difficile de quitter mon emploi et de créer cette association, the Easter Region Association of Forest and Nature Schools (ERAFANS). Je voulais avoir un plus grand impact, je voulais accompagner beaucoup plus d’enseignants. J’ai contacté d’autres professionnels du milieu, qui devinrent les membres fondateurs et le bureau de notre association. A cette époque, j’ai aussi été contactée par une collègue, une merveilleuse chercheuse que j’admire beaucoup, qui est professeur à mon université et qui a travaillé pendant des décennies sur les cours d’écoles végétalisées. Elle m’a demandé d’enseigner un cours à l’université locale. Et une autre collègue m’a aussi contacté : « Hey ! On aimerait bien mettre en place un cours universitaire à Baltimore ». Mais bien sûr ! Pourquoi pas ? (rires). Donc j’ai travaillé pendant 2 ans avec eux, au gouvernement de Baltimore, ce qui a été un vrai défi mais nous l’avons réussi ! Et, avec deux femmes merveilleuses, la directrice et la directrice adjointe de Wild Heaven Forest Pre-School and Childcare, qui est un superbe programme Nature Based.

Donc tout cela a bien grandi, nous sommes maintenant une grande association où nous accompagnons à peu près toutes les dimensions de l’enseignement et apprentissage en nature. Et ce auprès de tout type de population ! Nous avons différents cours, qui se passent à 100% dehors, des cours intergénérationnels où on travaille avec nos aînés et… Oh !!! j’avais promis de ne pas être trop longue sur le sujet mais… (rires) bref, c’est comme ça que je suis arrivée ici, à faire ce que je fais au quotidien !

Les préférences de Monica en Nature Based Education

Laura : je suis sûre que vous ne vous ennuyez jamais Monica ! Ce que je trouve très intéressant dans votre parcours est que vous êtes passée par l’enseignement aux enfant, par l’enseignement par les enfants aussi – où ce sont eux qui partagent ce qu’ils savent sur les animaux et la campagne – à la formation d’enseignants et à la direction d’une association qui organise ces formations. Vous avez donc fait le chemin de A à Z en Nature Based Education! Ce qui vous confère une expérience énorme sur les vingt dernières années. J’ai envie de vous poser cette question : quel aspect préférez-vous dans votre métier ? Et aussi, peut-être, quelles sont les choses que vous aimez le moins ?

Monica : actuellement, ce qui m’ennuie le plus est le fait de devoir passer autant de temps en ligne. Bon, le bon côté des choses est que, par exemple, nous pouvons nous parler aujourd’hui ! La technologie est une chose merveilleuse parce qu’on peut se connecter avec de nombreux enseignants, mais ce n’est sûrement pas la façon dont l’éducation en nature s’effectue le mieux. C’est donc un gros défi pour moi car la quasi-totalité de mes activités se fait en ligne actuellement. Mais pour focaliser sur les aspects de mon métier qui me passionnent le plus, je dirai que j’adore accompagner les enseignants!

Teachers Nature Based Education

J’adore les sorties avec les enseignants et les directeurs. Ils ont cette envie profonde de faire au mieux pour les enfants. Ils veulent les emmener au-dehors et ils veulent le faire dans un cadre sûr et motivant. Et ça me fait tellement plaisir d’être en mesure de partager avec eux un peu de ce que je sais et d’ensuite leur dire : « Vous savez, dans votre région, telle ou telle personne va pouvoir vous aider ». J’ai la sensation de connecter les gens, de leur donner un réseau qui va les accompagner, qui va leur permettre de continuer de progresser.

J’aime aussi avoir l’opportunité d’être dehors avec les enfants et avec les enseignants. Il m’arrive souvent de faire de l’observation de cours pour leur donner un feedback. Vous savez qu’il y a beaucoup de nouveaux programmes d’enseignement en nature actuellement et les gens se demandent s’ils font bien les choses. Donc j’adore venir observer et amener les enseignants à questionner leurs pratiques et à devenir authentique dans leurs manières d’enseigner.

Et vous? QUI aimeriez-vous écouter en entretien? Dites-le moi dans les commentaires ci-dessous 🙂

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Humilité et Flexibilité en Nature Based Education

Laura : j’aimerais finir notre – bien trop courte – conversation avec ce dont nous venons de parler : l’accompagnement des enseignants en Nature Based Education. Quels seraient vos conseils pour des enseignants qui partiraient de zéro ? Car c’est le type d’auditeurs que nous avons certainement ici, des personnes qui s’interrogent non seulement sur l’aspect matériel de l’enseignement du dehors mais aussi sur les attitudes à avoir… Donc quels seraient vos conseils quand on commence à enseigner dehors ?

Monica : je dirais que le principal est de savoir rester humble et flexible. Ce sont les deux attitudes essentielles à mes yeux. En Nature Based Education, accepter notre petitesse et notre connexion à tous les éléments de la nature demande de l’humilité. Et cela a à voir avec l’empathie que nous ressentons pour les êtres qui nous entourent, vivants ou non. C’est pour ça que nous avons des moments sur la compassion dans nos programmes. Il s’agit donc de commencer en se disant « Je sais que je ne sais pas tout », et c’est un processus qui dure toute notre vie d’enseignant et de directeur.

Et l’autre attitude est la flexibilité. Vous savez, quand on se trouve dehors au sein de tous ces éléments, il faut être flexible, il faut étreindre tous ces éléments. Et il faut également être flexible dans notre manière de penser ! Sur ce qu’est l’apprentissage, sur la manière dont les enfants apprennent et « trouvent leur voix » sur le chemin de cet apprentissage. Les enfants arrivent toujours à apprendre quelque chose, et il nous faut absolument être flexible et ouverts par rapport à la manière dont ils apprennent. Bon ce ne sont que deux conseils hein ! (rires)

Laura : (rires) oui ! on pourrait en parler des heures ! Mais je souhaite annoncer tout de suite quelque chose dont nous avons discuté avec Monica : je l’ai invitée en France et elle a accepté d’intervenir pour une Master Class, fin automne 2021. Donc un très grand merci à Monica pour ce partage d’expérience mais aussi pour son enthousiasme, sa joie et son empathie dont nous avons grand besoin actuellement !

La Master Class de Monica vous intéresse ?
Elle aura lieu près d’Orléans (Centre Val de Loire, France), entre le 24 et le 26 octobre 2021.
Si vous avez envie de venir, manifestez-vous en commentaires pour que je puisse vous tenir informé.e 🙂

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3 Responses

  1. Bravo pour cet entretien et Merci Laura de nous faire connaître cette personne qui est une excellente ressource pour l’école-forêt qui fait ses débuts en France…

  2. Merci pour cette interview, qui vaut le coup d’être écoutée en VO pour découvrir le dynamisme et l’engagement de Monica. Merci de nous avoir permis de découvrir son parcours, et félicitations pour l’événement à venir en 2021 !

  3. Merci pour cette interview! Et bravo.
    Je découvre à cette occasion ton site et cette initiative qui mérite d’être développée chez nous aussi.
    Merci de nous avoir permis de découvrir le parcours de Monica.
    J’ai un groupe FB : https://www.facebook.com/groups/726359184238561/ dont le thème central est la NATURE… N’hésite pas à partager tes articles dessus. 😉 A bientôt !

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