Petite enfance et plein air

Petite enfance et plein air : un duo gagnant ! On parle beaucoup de pédagogie ou d’éducation par la nature actuellement (et tant mieux !) mais sait-on que c’est un mouvement déjà ancien, même en Europe de l’Ouest et, plus particulièrement en France ? Dans le bel entretien qu’elle m’a accordé, Valérie Roy, auteure du livre “Petite enfance et plein air : potentialités en crèche et halte-garderie” nous explique l’histoire et la pédagogie du mouvement plein air pour la petite enfance !

De la petite enfance au plein air !

Laura NICOLAS : C’est avec un très grand plaisir que j’accueille Valérie ROY pour la sortie de son livre ” Petite enfance et  plein air, potentialité en crèche et halte-garderie”, un sujet qui va passionner un grand nombre d’entre vous. Je vais bien sûr laisser la parole à Valérie.

Valérie ROY :  Bonjour. Je suis Valérie Roy. Ca fait 10 ans que je gère une structure semi-plein air au cœur de Paris dans le XVIIème arrondissement.

Photo : Laura NICOLAS

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Tout au long de ma carrière j’ai été amenée à évoluer et réfléchir sur l’accueil des jeunes enfants comme bien d’autres éducatrices. J’ai souhaité reprendre des études durant ma carrière, il y a quelques années, des études universitaires, qui m’ont peu à peu amenée à être actuellement doctorante en sciences de l’éducation.

Et c’est au travers de tout ce parcours que j’ai mené une recherche par rapport à mon terrain et pour vérifier ce qui passe au niveau du développement de l’enfant dans des espaces extérieurs et mesurer les impacts, les influences sur eux, sur leur bien être. Et finalement j’ai été amenée à rédiger un livre pour transmettre un message, transmettre mon expérience pour l’adresser aux professionnels de la petite enfance.

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L’histoire du plein air pour la petite enfance

Laura : Alors, à mon sens, ton livre va vraiment poser un véritable socle pour le développement de ce mouvement du plein air dans l’éducation de la petite enfance. En synthèse est-ce que tu peux nous dire de quoi parle le livre, comment tu l’as construit, comment il est constitué, et en quoi il va pouvoir aider les personnes qui sont intéressées par l’éducation de la petite enfance en plein air, l’éducation par la nature, à évoluer dans ce mouvement ?

Valérie : Effectivement, j’ai découvert l’histoire du plein air pour la petite enfance française qui m’a beaucoup touchée parce que j’accueille beaucoup de parents étrangers dans mon établissement. Et souvent ils me parlent de leur expérience dans leur pays et souvent les petits enfants dans les pays étrangers sont dehors et nous ils sont plutôt à l’intérieur. Souvent ça m’intriguait et j’ai découvert cette histoire du plein air pour la petite enfance entre 1900 et 1945 et qui s’est développé en France. Je m’étais dit on ne m’en a jamais parlé en tant qu’éducatrice de jeunes enfants donc c’est quand même intéressant d’aller vérifier ce que c’est.

Et de le tracer par écrit pour que les professionnels puissent être au courant qu’en France il y a eu des expériences pédagogiques plein air, assez nombreuses d’ailleurs, même à Paris. Et que c’est bien qu’on puisse savoir ce que c’est, comment on fait, ce qu’il s’est passé à cette époque-là et donner aussi envie aux professionnels, dire que ça n’existe pas que dans les autres pays. Cette pratique plein air n’appartient pas qu’à la Suède, à la  Norvège. Elle appartient aussi à la France et on a le droit de pratiquer aussi des activités de motricité fine pour la petite enfance même à l’extérieur et pas qu’à l’intérieur.

Un livre novateur sur la petite enfance et le plein air

Ensuite dans ce livre, il y a deux parties principales :
– La partie histoire du plein air où je raconte cette histoire, où je parle aussi du mouvement européen.
– Et ensuite il y a la partie plutôt recherche où je vais retracer les premiers éléments de ma recherche et où je vais faire parler aussi les professionnels pour montrer qu’il n’y a pas que les éducatrices petite enfance qui pensent au plein air, mais qu’il y a aussi des infirmières. Et à un moment donné on a tendance à toutes se rejoindre sur certains points : par exemple l’insonorisation des salles petite enfance.

Dedans, il y a aussi l’expérience d’autres professionnels que j’ai un peu tracée ; comme ça, ça aide les futures professionnelles qui vont entrer dans le champ de l’action pédagogique pour leur donner un autre angle de vue. Pour qu’elles puissent avoir tous les moyens pour bien travailler sur le terrain et pour bien travailler cette qualité de l’accueil du jeune enfant, pour bien la penser.

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Quelles sont les caractéristiques du plein air pour la petite enfance ?

Laura : Quelle(s) seraient la ou les caractéristiques de ce mouvement plein air tel qu’il a été développé dans l’histoire plutôt franco-française, franco-suisse, un peu européenne, quelle va être un peu cette spécificité, les différences avec ce qu’on a l’habitude de voir en pays scandinave et nordique ?

Valérie : la pratique plein air qu’on mène aujourd’hui est un peu différente de celle qui était menée entre 1900 et 1945 parce que celle qui était menée à cette époque-là était associée au naturisme médical, c’est vraiment la seule différence qu’on peut trouver. En fait, on a souhaité à l’époque, entre les deux guerres, il y a eu une montée de l’épidémie de la tuberculose. Et, du coup, il y a des enfants, pour essayer d’éviter qu’ils attrapent cette maladie, on leur a proposé l’héliothérapie qui est la thérapie du soleil, qui est une pratique médicale et qui a été utilisée dans les écoles plein air de l’époque.

Séance d’héliothérapie (Début XXème-Sainte Marine)
Source: Musée breton Archives

Donc les deux étaient associés, il y avait le naturisme médical et la pratique plein air. Et finalement les pédagogues qui se sont mis à mettre en place cette pratique ont peu à peu développé des réflexions pédagogiques qu’on retrouve un peu aujourd’hui dans les pratiques d’école du dehors ou des pratiques plein air ou semi-plein air petite enfance et qu’on retrouve dans la manière de traiter l’enfant de le mettre plus dehors, de lui laisser plus de liberté plus d’autonomie, d’être plus dans l’accompagnement en distance de l’enfant.

Un cours à l’école de plein air du boulevard Bessières à Paris, Agence Rol, 1921 – source : Gallica-BnF
Disponible sur Retronews.fr

C’est à dire que l’enfant va plus expérimenter de lui-même. On va lui offrir un champ sensoriel très développé. Il va pouvoir utiliser les jouets qu’on propose dans toutes les structures mais il va aussi pouvoir utiliser tout ce qui est vivant autour de lui, les éléments de la nature. C’était déjà développé, expérimenté durant l’entre deux guerres. Toute l’utilisation du jardinage, par exemple, était déjà mise en place et on commence à retrouver cette pratique aujourd’hui.

La différence entre cette époque et maintenant est qu’on a beaucoup travaillé la notion de “l’enfant est une personne”, on a bien compris que l’enfant, dès tout petit, a des désirs, des besoins très spécifiques. On a bien compris ce que c’est que le développement de l’enfant. Donc aujourd’hui on a plus de connaissance pour repérer la singularité de l’enfant. Même au travers des projets plein air pour la petite enfance on va faire plus attention à l’enfant, à ses désirs, à ses besoins. On sera donc peut-être plus à cette écoute-là que durant l’entre deux guerres, où c’était un moins développé.

Comment mettre en place cette pédagogie ?

Laura : On n’en est plus, je repense à ces photos en noir et blanc où on mettait toute la classe, les chaises et le tableau dehors, on n’est évidemment plus dans cette dynamique là, l’idée n’est pas de recréer la classe (ou l’accueil du jeune enfant, parce qu’il y a aussi beaucoup de choses qui se sont développées en maternelle) dehors. On n’est plus exactement dans sortir la structure intérieure dehors mais on s’adapte, on se fond dans la nature.

Et ça m’amène à un autre question, qui sera peut-être la question finale pour résumer ce que va apporter ce livre que j’encourage les auditeurs à se procurer, cette dernière question est : on sait que ta halte-garderie, ta structure d’accueil se situe à Paris, donc en zone urbaine et ça va nous intéresser. Comment dans une structure urbaine avec un jardin d’enfants, on va pouvoir mettre en place cette pédagogie du plein air, sachant qu’on n’est pas dans une forest school, on n’est pas dans un milieu uniquement végétalisé et animalisé au contact des autres espèces, mais qu’on peut avoir des structures plastiques, de motricité habituelles, tout cela dans un terrain relativement réduit.

Photo : Laura NICOLAS

J’ai eu la chance d’observer le travail de Valérie et des professionnelles qui l’accompagnent et c’est assez phénoménal. Mais on se retrouve dans un espace qui peut paraître restreint et on peut se demander, comment toi et les professionnelles vous pourriez nous donner des clés sur cette pédagogie plein en halte-garderie et crèche en mouvement urbain et péri-urbain ?

Valérie : alors en fait c’est très simple : il n’y a pas grand chose à faire. Il suffit d’utiliser l’espace extérieur. En fait, les espaces extérieurs urbains ont un revêtement plastifié et ils vont revêtir tout l’espace, ce qui est pour moi une erreur. Ils devraient revêtir uniquement les endroits où il y a les structures motrices fixées au sol pour une question de sécurité mais après on peut tout à fait mettre une partie pelouse qui pourrait être entretenue par un jardinier annuellement. Dès qu’on met une partie pelouse et qu’il y a ne serait-ce qu’un arbre, on peut mettre de la végétalisation murale, on a toujours un mur à un endroit où on peut poser des fleurs, des bacs où on met des plantes, on peut créer un petit potager dans l’espace extérieur, et très vite on peut créer son petit jardin en plein Paris. Et c’est même moins cher que d’utiliser des revêtements plastiques extérieurs qui parfois sont très onéreux au niveau du nettoyage. C’est juste ça à faire, c’est changer un peu cet espace extérieur.

Photo : Laura NICOLAS

Après, si on ne peut pas le faire, il y a des professionnels qui ne peuvent même pas travailler les espaces extérieurs, il suffit de ramener des bacs de terre où l’on fait des activités avec les enfants, ils manipulent la terre, les marrons, les pommes de pin. Voilà, on peut ramener la nature dans cet espace extérieur un peu trop urbain et l’aménager un peu différemment, créer des coins. Coin dînette, coin garage, coin poussette, mettre toujours des trotteurs à disposition pour eux et les enfants vont vaquer à leurs occupations dans cet espace.

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Après, ce qui est plus compliqué c’est quand l’espace est encore plus petit, là, il faut faire une libre circulation entre l’intérieur et l’extérieur. Ca permet à l’enfant de circuler, d’être plus dans cette motricité libre qui correspond plus à son développement. Mais on a toujours le moyen, même dans un tout petit établissement, de mettre des pots, des bacs, des plantes, qui vont intéresser les enfants et les laisser manipuler à leur guise toute cette nature qui existe quand même en plein Paris. Moi, dans mon jardin, j’ai quand même des oiseaux, des moineaux, des merles, des mouettes de terre, il y a quand même une petite flore, des petits insectes. Les les enfants sont ravis, c’est effectivement moins qu’en province, mais on a quand même quelque chose à faire avec.

Plein air et pratiques professionnelles

Laura : ce que je trouve intéressant, c’est le fait qu’il y ait déjà, à cette époque-là, et d’autant plus aujourd’hui, deux dynamiques en parallèle dans le mouvement plein air :
La première dynamique c’est une appropriation progressive par le petit humain, des espèces végétales et animales et la prise de connaissance, de conscience de ce que sont les espèces qui l’avoisinent finalement, moins en milieu urbain qu’en milieu dit rural et encore c’est à débattre. Donc cette première dynamique, elle se met en place et elle va s’aménager et elle va progressivement prendre des formes variées, et ton livre en est un des socles à mon sens.
– La deuxième démarche dont tu as plutôt parlé au départ, elle est fondamentale. Le plein air, comme je le dis pour le mouvement pédagogie par la nature, n’existe pas sans une transformation des pratiques pédagogiques et tu l’as bien dit au départ. Ce qui accompagne la transformation du plein air, c’est aussi les bases, alors en recherche on dira peut-être socio-constructivistes c’est à dire repartir de l’étayage, de l’aide entre les pairs, de l’appropriation naturelle de son environnement par l’enfant, de baser sur ce qui est déjà là, de travailler progressivement vers l’autonomie de l’enfant, de l’accompagnement en retrait du professionnel, toutes ces choses là, ton livre le transpire.

L’un et l’autre s’articule : le dehors, le plein air avec cette transformation des pratiques pédagogiques des professionnels qu’ils soient de la petite enfance, enseignants, parents, on a tous à y gagner à cette pratique, à découvrir ce magnifique champ.

Pour conclure, j’encourage véritablement tout le monde à se lancer dans la lecture de ce livre. Je rappelle que Valérie intervient dans la formation “L’école du dehors”, pour le côté petite enfance et c’est aussi l’une des richesses de la formation. Je remercie donc très chaleureusement Valérie pour cet apport et pour sa simplicité, sa générosité dans la diffusion de sa pratique et des personnes qu’elle accompagne également.

Valérie : merci à toi, merci beaucoup.

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3 Responses

  1. C’est intéressant de voir l’exemple d’autres pays plus enclins à faire l’école du dehors. J’ai deux amis qui vivent en Norvège, et j’ai été surprise de savoir que les papas avaient 3 mois de congés pour la naissance de leur enfant…Ce sont d’autres façons de faire dont on pourrait s’inspirer. Merci pour ce très bel article.

  2. Merci pour cet article qui rappelle l’importance d’être au contact de la nature, notamment avec quelques changements relativement simples à mettre en oeuvre. Les structures n’ont plus qu’à s’y mettre… Pour ma part, nous vivons dans une maison dans la nature, donc mes enfants naviguent dans le jardin et sont baignés dans le vert !

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