Vous vous promenez en forêt et vous ressentez une certaine détente, une diminution de votre stress, bref un mieux-être. C’est une chose, et c’est déjà très bien (en tous cas pour vous Smile). De là à faire prescrire des bains de forêt pour tous et, rêvons un peu, à les faire rembourser par la Sécurité Sociale!, il n’y a qu’un pas, n’est-ce-pas?
En effet, et ça, c’est la science qui s’en occupe! Et, plus précisément, les études en sciences médicales…

Pourquoi vous intéresser aux études scientifiques concernant l’impact de la forêt sur votre santé mentale et physique?
Quelques pistes de réponses, vite fait, avant de partir en balade :

CURIOSITÉ!
Parce que c’est intéressant de creuser un petit peu. Savoir que “ça fait du bien”, c’est bien ; comprendre pourquoi et sur quoi la forêt agit en nous, c’est un peu plus passionnant!

CRÉDIBILITÉ!
Parce que la prochaine fois que vous raconterez votre dernier câlin aux arbres lors d’un dîner de famille, vous pourrez argumenter sur le bien-fondé de votre démarche (sans passer pour un.e hippie).

SÉCURITÉ!
Parce que les sciences nous mettent en garde contre certaines dérives, et ce dans tout mouvement social, technologique, médical ou autre. Aller en forêt, oui ; en maîtriser les enjeux environnementaux et sanitaire (pour la forêt et pour vous), c’est encore mieux.

Si vous reconnaissez ces 3 besoins en vous,
suivez le guide!

On a tous quelque chose en nous de forestier…

Le bon sens populaire a toujours loué l’impact bénéfique d’une promenade en forêt ou d’un habitat proche d’un bois. Déjà au XIXème siècle, le développement de l’accès aux parcs publics visait à pallier les mauvaises conditions de vie des populations ouvrières. 

Plan des parcs parisiens

Plus largement, dans l’histoire, on a toujours reconnu les effets positifs de la nature sur notre constitution physique et mentale. Bien avant la médiatisation massive au sujet de la “sylvothérapie”, du “shinrin yoku” et autres “bains de forêt”, les générations humaines ont toujours su qu’au pied de mon arbre, il fait bon, fait bon, fait bon…

Or face à l’engouement pour le “retour aux forêts” qui va croissant depuis quelques années (et que demander de mieux!), les recherches scientifiques progressent, elles aussi. Elles permettent de cadrer tant bien que mal l’essor populaire fulgurant vis-à-vis des bienfaits des arbres sur la santé humaine.

Si le jargon scientifico-technique vous rebute, accompagnez-moi pour un petit tour dans les sous-bois de la recherche, où je résume et commente pour vous l’article très complet de Katharina Meyer-Schulz et Renate Bürger-Arndt.
C’est parti!

Des “études forêt”… sur quoi exactement?

De nombreuses recherches – et pas seulement les études asiatiques parues depuis les années 80 – se sont intéressées au fil du temps aux aspects médicaux de l’univers forestier. J’ai choisi de m’appuyer sur celui-ci parce qu’il est lui-même un sérieux résumé des recherches précédentes. En effet, paru en 2019 dans la revue “Santé publique”, l’article “Les effets de la forêt sur la santé physique et mentale. Une revue de la littérature scientifique” fait le point sur les 168 études liant l’univers forestier et la santé physique et mentale. En voici l’essentiel.

Les chercheurs utilisent des critères différents pour analyser ce qu’ils observent :

Le stress

Pour vérifier l’impact sur le stress d’une personne, ils regardent son activité nerveuse sympathique (mais pas si sympathique que ça, puisque c’est elle qui manifeste le stress!) qui se traduit par :

– l’activité de l’amylase salivaire

– l’activité de la chromogranine A

De plus, ils examinent l’arythmie sinusorespiratoire qui indique – à l’inverse – une activité parasympathique.

Dans tous les cas, ces indicateurs montrent l’effet “calmant” d’un séjour, même court et sans activité sportive, au sein d’une forêt.

Le système cardio-vasculaire

Les chercheurs regardent les variations des indicateurs suivants :

– Le pouls

– La tension artérielle

Plus ces 2 indicateurs sont continus et bas, plus les individus sont calmes car ils ne se sentent pas agressés par l’extérieur, contrairement à ce qu’ils indiquent en ville.

– La variabilité du rythme cardiaque.

Les chercheurs comparent la Haute Fréquence et la Basse Fréquence du rythme cardiaque. L’augmentation de la première indique un état de relaxation, et ce fut le cas lors de toutes les expériences menées en forêt.

– L’endothéline-1 (ET-1), l’homocystéine ou la raideur artérielle sont des facteurs provoquant des maladies cardio-vasculaires. Toutes les 3 montraient de meilleures valeurs après un séjour en forêt.

Le système immunitaire

Les critères observés par les chercheurs sont tous des éléments de lutte contre les cellules cancéreuses :

– Les cellules tueuses naturelles (NK),

– Les proportions de lymphocytes NK et T,

– La granulysine,

– La perforine,

– Les granzymes A et B,

– Le nombre de lymphocytes.

Toutes les études montrent – via prélèvement sanguin – qu’après une marche de 2h en forêt, tous ces éléments ont augmenté, sauf les lymphocytes T qui ont diminué (si vous n’y comprenez rien, sachez juste que c’est bon signe!). La très bonne nouvelle est surtout la pérennité du mieux-être : les effets se prolongent sur plusieurs jours après la marche en forêt, et jusqu’à un mois pour les lymphocytes NK, grands gagnants de l’histoire!

Système hormonal et autres

Le stress active l’hypothalamus, qui libère l’hormone nommée “cortisol”. Les chercheurs sont formels… êtes-vous surpris d’apprendre qu’en milieu forestier le cortisol est plus faible qu’en milieu urbain?

L’activité cérébrale (mesurée les concentrations absolues d’hémoglobine (t-Hb)) se montre également plus faible en milieu forestier.

Bien-être mental

Parce qu’il “entraîne une diminution de l’expression du facteur neurotrophique dérivé du cerveau” (p.125), le stress est facteur de mal-être et peut entraîner une dépression. En utilisant le Profile of mood state (POMS, en français : profil de l’état de l’humeur), les chercheurs concluent sur une forte diminution des scores pour la vigueur, la tension, l’anxiété, la colère, l’hostilité, la fatigue, la confusion ou la dépression des participants. Qu’ils aient seulement regardé ou aient marché en forêt, le résultat est sans appel : les gens disent se sentir mieux.

Forêt et relaxation

Egalement, des études portant sur la conduite de Thérapie Cognitivo-Comportementales de patients atteints de troubles de l’anxiété et de dépression ont également prouvé une guérison plus rapide lors de programmes conduits en forêt qu’au sein d’un hôpital.

ATTENTION!

La difficulté majeure dans l’évaluation du bien-être mental – contrairement aux résultats précédents concernant le bien-être physique – est que le bien-être mental est auto-évalué par les participants et non corroboré par un indicateur extérieur. Les résultats doivent donc toujours être “pris avec des pincettes”, compte-tenu du caractère “subjectif” des réponses. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de mieux-être chez les participants, cela signifie que ce mieux-être est plus difficilement observable par les médecins.

Des études sur la forêt à lire avec précaution

Les auteurs de l’article incitent à la prudence quant à l’interprétation des résultats de ces recherches tant par le grand public que par les professionnels de la sylvothérapie ou de l’éducation en forêt. Voici pourquoi :

1. Sauf les études résumées dans l’article, les recherches faisant le lien entre nature et santé humaine portent généralement sur l’environnement dit “naturel” (par opposition à la ville, espace dit “anthropique” car massivement modelé par l’homme) et non sur la forêt en particulier. Les résultats connus du grand public ne concernent donc pas spécifiquement ou uniquement l’éco-système forestier mais ils l’englobent dans un grand ensemble, la Nature.

=> Donc prenez garde à ce que les recherches que vous citez concernent spécifiquement la forêt et non la nature en général.

2. Puisque les séjours en forêt sont souvent accompagnés d’une activité sportive (marche rapide, randonnée, etc.), il est difficile de distinguer les bénéfices de l’environnement (la forêt) de ceux de l’activité en elle-même (le sport). Il est en effet déjà acquis que le sport est bon pour la santé. Dans quelle mesure l’environnement forestier est responsable du mieux-être physique et mental? Cela reste difficile à évaluer! C’est la raison pour laquelle certaines études demandent seulement aux participants de regarder la forêt sans marcher.

=> Vérifiez bien que les études dont vous parlez autour de vous indiquent bien l’activité qu’elles ont étudiée en forêt.

Prudence et études scientifiques

3. Les études asiatiques – et principalement japonaises – comparent l’état de santé des mêmes personnes au sein d’une forêt et au sein d’une ville. La comparaison leur permet de constater les écarts en termes de stress ou de rythme cardiaque, par exemple.

=> Assurez-vous que les recherches que vous citez aient des éléments de comparaison (ville/forêt, avant/après, etc.)

4. La majorité des études ne sont pas longitudinales : elles sont ponctuelles. Elles analysent les effets d’une marche de 2h en forêt par exemple avec un groupe, un fois. Il faudrait que ce soit reproduit sur du plus long terme, avec le même groupe, plusieurs fois par semaine, par exemple, dans le même environnement et ailleurs.

=> Regardez bien par qui a été faite l’étude, avec quel type de population et sur combien de temps

5. Deux éléments ne sont pas assez pris en compte : les propriétés “climatiques” des forêts étudiées et leur caractéristiques biologiques et géographiques. En effet, l’humeur des participants pourrait être influencée par l’humidité ou la lumière présentes dans une forêt. Quelques recherches – trop peu nombreuses – indiquent qu’une forêt soignée et entretenue a un impact plus fort sur les participants qu’une forêt sauvage. Des résultats d’études menées dans une forêt spécifiquement dédiée au shinrin yoku seront évidemment différents de ceux de recherches effectuées dans un petit bois derrière chez vous…

=> Regardez bien où a été faite l’étude, dans quelle forêt…

EN BREF : Les chercheurs concluent tous sur l’impact bénéfique de l’environnement forestier sur le système nerveux, cardio-vasculaire et immunitaire des individus. Par ailleurs, la majorité des participants dit se sentir mieux mentalement après une promenade en forêt. On peut donc dire qu’il y a un certain consensus scientifique sur les effets bénéfiques de la forêt sur la santé mentale et physique des humaines.

En revanche, là où il faut faire attention, c’est sur les spécificités de ce lien de cause à effet : oui, la forêt fait du bien, mais comment, réellement? Et c’est là où les scientifiques continuent de creuser les aspects méthodologiques de leurs études, les éléments de comparaison, les lieux forestiers pour leurs recherches etc.).

Pour aller plus loin:

Meyer-Schulz, K. & Bürger-Arndt, R. (2019). Les effets de la forêt sur la santé physique et mentale. Une revue de la littérature scientifique. Santé Publique, s1(HS), 115-134.

White, M. (2019) Passer deux heures par semaine dans la nature est bon pour la santé et le bien-être. The Conversation.

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6 Responses

    • Merci Michèle! Oui, c’est l’objectif que je me fixe avec ce site : aborder le monde végétal et toutes ses relations avec notre espèce, en basant mes articles – autant que faire se peut – sur les plus récentes recherches dans le domaine!

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